Archive pour septembre 2008

La vitrine

Mercredi 24 septembre 2008

Moi : Regarde ce que j’ai retrouvé !
Mon Frère : Wouaw, mais tu sais que ça vaut une fortune !?
Moi : Ouais je me doute bien…
Mon Frère : Mais c’est con, on a perdu la plaquette des piles…

Les jours sont désormais plus courts que les nuits et la lumière vers dix-neuf heures est maintenant bleue mauve. Il y a ces mois où tout s’arrête, où les choses stagnent, ces mois que tout le monde déteste et que moi j’adore. Marcher dans les rues de Bruxelles à ces instants est unique. Je sais pertinemment que ma musique va trop fort, je sais qu’elle me détruit les oreilles, autant que les gaz de la ville m’empoisonnent, mais je m’en balance.

Je ne sais pas trop à quoi je pense à ce moment, entre deux feux rouges, devant quatre ou huit phares qui passent et s’entrecroisent. Ce sont des choses étranges, des projets qui n’aboutiront probablement jamais, des ambitions et le rêve de voir un jour Little Computer People vivre hors de ce blog. Mais dans mon esprit, les choses deviennent glauques, limite sales. Les personnages se transforment, peut-être parce qu’il devraient être plus proches de mon monde à moi, plus éloigné de cet Eden que j’ai bâti autours d’une société d’électricité. J’ai les premières phrases cyniques qui pourraient faire une bonne nouvelle, peut-être même un roman vendable. J’ai la vision, l’ébauche d’un scénario dont pourrait naître un bon court métrage. Je m’en persuade le temps d’une escapade, dans les rues de cette ville que beaucoup de gens détestent et que moi j’adore.

Ça durera quelques dizaines de minutes, le temps de quelques musiques, celles que j’écoute inlassablement, aux mêmes moments, avec les mêmes sentiments. Je croise des gens. je les regarde mais eux m’ignorent. C’est aussi ça vivre en ville. J’ai ces vagues qui viennes et s’en vont, de plus en plus rapidement. Je suis à la fois triste, heureux, fier et honteux. Je n’attends rien d’autre que l’explosion mais elle ne viendra pas ce soir, ni les soirs suivants. Je suis retenu par cette morale qui me fait tout contenir. Je digère, j’élimine, les sentiments, les ressentiments, les douleurs et les lames qui pourtant m’écorchent. Je passe en plein milieu du quartier gay sans rien en attendre. je m’arrête devant la vitrine d’une boutique vintage dont l’étalage est rempli d’objets qui me ramènent des années en arrières… Il est dix-neuf heures et nous sommes en dix-neuf cent quatre-vingt neuf. Ce jour-là était lui aussi plus court que la nuit qui le suivit et le ciel prenait des teintes bleues mauves. Je suis allongé sur mon lit et je joue à ces jeux électroniques monochromes qui s’appelaient “Game & Watch”. Le son qu’ils émettent est insupportable mais il m’amuse car il accélère en même temps que mon score augmente. J’ai ces mouvements des deux pouces qui me feront jouer pendant des années encore. Ces pouces je les bouge instinctivement à la vue de ces objet désormais rares, devant cette vitrine, presque vingt ans plus tard. Entre deux fripes, le vendeur me voit et me sourit. Je me dis que ma nostalgie doit le toucher. J’aurais envie de le féliciter pour son étalage, de lui dire que l’idée de mettre ces Game & Watch sous les vêtements est sensationnelle et que son coup est grandement réussi. Mais je m’arrête un instant sur son sourire, je l’analyse et je le comprends. Je ne suis pas dans ce monde que j’ai créé autours d’une société d’électricité. La nostalgie ici est un signe dépressif et personne ne voudrait le susciter, surtout pas. Ce n’est qu’un pédé qui me sourit et auquel je ne rendrai rien du tout, parce qu’il m’agace tout simplement.

J’ai ces moments où je crois encore, sous les coloris bleus mauves d’un soir d’automne. Je me persuade que j’ai des choses à vivre, malgré des envies étranges et mes idées noires. J’ai conscience de mes tendances à vouloir tout détruire, à oublier de dormir et à tout foutre en l’air. Souvent je me dis que les seules choses qui donnent aujourd’hui un sens à mon existence sont ces envies et la faible force que j’ai de ne pas les concrétiser.

Little Computer People

Lundi 8 septembre 2008

- Moi : Bonjour !
- Lui : Where do you come from ?
- Moi : Uh… ???
- Lui : What are you looking for ?

Bonjour, moi c’est Fred !… Hello… Ciao !… I am from Belgium, why ?… Italy… Bruxelles… Liège… Antwerpen… Ixelles… Uccle… Is het Elsene in het nederlands ?… Vingt-huit ans… désolé tu es trop vieux… Come stai !… Tu fais quoi dans la vie ?… t’aime quoi ?… Quarante-deux ans, c’est trop vieux ?… Quoi comme boulot !?… What’s your job ?… Je mords pas, pas tout le monde… On devrait aller se boire un verre… C’est long à expliquer… Oui pourquoi pas, mais la semaine prochaine ça va être difficile… What do you like ?… Je fais plein de choses… J’ai tout mon temps… Sorry, not interrested… See you… Bye… Ciao… Je suis diplômé en histoire et toi ?… Ça consiste en quoi ?… Je fais de la musique… Je suis étudiant… je cherche du boulot… Maintenant je m’occupe de formation professionnelle… Dans quel domaine ?… Arts plastiques… Peintre… Musique… Cinéma… Oui j’écris de temps en temps… Je fais de la recherche dans le domaine… Finances… Banques… Je suis discret… Qui ?… On se serait pas croisé quelque part ?… Tu crois ?… Non… Oui… Je ne pense pas… Ho… Les frères de plume sont plutôt rares… Not so far… Peut-être… Tu fais quoi de beau ce soir ?… Elsene in het nederlands… Een beetje… Hey, you are funny… Not at all… Nothing, bye… J’aime pas trop MSN… IM ?… Skype ?… Et tu trouves… Tu es un rigolo toi !… Viens chez moi alors… Hein ?… Sorry for that bad joke, I ate a choco-clown tonight !… Attends je reviens dans cinq minutes… Kesk tu fé d’bo ?… Un peu trop oui, désolé… C’est étrange pourquoi il serait en chocolat le clown… Wait a sec, phone… No It’s the name of a candy bar… I like It… Je vais les voir en concert en décembre… Did you know Sigur Ròs ?… J’aime beaucoup… A romantic !… Non pas du tout… Je suis comme toi tu sais, j’aime pas trop les gens… Stats ?… Photos ?… Waar ?… C’est loin… Tu habites à la campagne ???… Ixelles… Mélancolie ?… No… Yes… Do you know what’s the name of the ultimate state of the depressive state ?… Compliqué à expliquer… No… It’s “mélancolie”… t’é dépresif ou koi ?… Actually, french romantics in the 19s century use the word in a softer way, but it was because they were all fans of Dr Freud… ^^… I get it… No prob… See you… Bises… @+… Bye… Ciao… Bye… Au revoir…

Comment t’appelles-tu ?… Je m’appelle Romain… Romain Frederickx…

“Ne pleure pas”

Mardi 2 septembre 2008

- Ma Mère : Ça a été à l’école ?
- Moi : Ho mais oui ça a été !!!
- Ma Mère : …
- Moi : Ça a été… fous-moi la paix !!!

J’avais seize ans, c’était une journée de juin, l’une des dernières de l’année scolaire. J’allais chercher mes résultats, l’esprit rassuré par le fait que j’allais prendre congé pendant deux mois de cet endroit que je détestais tant. J’airais dans cette cour aux lignes blanches jaunies. J’entendais derrière moi des ricanements, sans doute des moqueries. Par chance, je ne me suis pas retourné, car, quelques secondes plus tard, je ressentais dans ma nuque une formidable douleur, un claquement violent qui me fit contracter les épaules et me troubla un instant la vue. Grégory et Christophe me suivaient depuis un moment. Ils venaient de me tirer une petite balle de caoutchouc dans la nuque. Je me suis retourné et je n’ai rien dit, je n’ai pas bronché. La semaine suivante, au moyen des mêmes balles de caoutchouc, ils abîmaient sérieusement l’oeil d’une fille que je ne connaissais pas. Ils furent renvoyés de l’école quelques jours plus tard.

J’avais quatorze ans et je rentrais à l’école après trois semaines d’immobilisation dues à une opération du genoux. C’était au mois de mars, il faisait froid et il pleuvait. Pour la première fois de ma vie je marchais avec des béquilles. En entrant dans un bâtiment, l’une d’elles glissa sur le sol mouillé, me forçant à m’appuyer sur ma jambe droite qui ne plia pas. Je finis sur mon dos et la chute me coupa un instant le souffle. Je senti l’odeur de la pluie sur le sol et les relents de pourriture du paillasson. Autours de moi, des dizaines d’élèves passaient. Certains me regardaient, d’autres feignaient de ne pas me voir. J’ai rassemblé mes deux béquilles et lentement je me suis relevé, avec la peur de glisser à nouveau. J’ai bien pensé sur le moment crier “bande de petits cons !”, mais je n’ai rien dit, j’ai pris sur moi et j’ai continué jusqu’à la salle de cours.

Il y a des douleurs non effacées et des blessures qu’on finit par oublier. Un jour elles nous reviennent et nous en rions, comme nous rions de reste du Monde. Elles nous font un mal de chien et nous consument encore. Il aurait fallu parler, s’extérioriser, en un mot s’affirmer. Le bon sens aurait voulu que… je haïs le bon sens…

La méchanceté, les coups et la bêtise des gens ne m’inspiraient, et ne m’inspirent toujours, que ces trois mots, et je ne cesse de les répéter : “Ne pleure pas”… pas maintenant…