Archive pour mai 2008

Les objets

Samedi 24 mai 2008
- Moi : Et quoi ? Tu as bazardé tous tes meubles !?
- Mon Frère : Ouais… tous !
- Moi : Mais enfin, pourquoi !?
- Mon Frère : Ho tu sais, les meubles, ce ne sont que des objets…

Les meubles, les téléphones portables, les CD, les télévisions, les réfrigérateurs, les ordinateurs, les lecteurs de musique, les carnets, les livres… ce ne sont que des objets. Avec le temps, les saisons, les dégâts de l’homme et ceux du monde, ils s’abîmeront. S’ils n’ont pas la chance et l’honneur de terminer archives, alors ils disparaîtront, comme moi, comme nous…

Les objets

J’ai oublié le câble d’alimentation de mon iPod au bureau mercredi soir et bien entendu la batterie était presque morte. Ses derniers soubresauts m’ont permis d’aller courir jeudi soir puis il a rendu l’âme. Comme je ne pouvais me résigner à passer tout le week-end sans musique pour sortir de chez moi, j’ai fouillé mon coffre et j’y ai retrouvé mon vieux lecteur Sony, un truc carré et argenté. Je n’avais aucune idée de ce qu’il y avait encore dessus. Je l’ai donc chargé et je l’ai allumé. Six cents morceaux et avec eux six cents souvenirs.

C’était en deux mille cinq et deux milles six, deux années charnières qui n’ont pas fini, encore aujourd’hui, de se consumer. C’était des moments de grâce, des expérimentations un peu grisantes soulignées par chaque morceau de musique que j’encodais dans mon lecteur gris. L’intégrale de U2 parce que j’avais commencé à m’approprier ce que j’aimais au détriment de ce que j’appréciais à travers mon frère. À mon grand étonnement, il y avait même un CD complet de David Guetta et quelques chansons de Mylène Farmer. C’était la période où je sortais le dimanche soir. Puis il y avait des morceaux de techno et de musique électronique un peu “flamande”. Ils viennent de mon premier petit copain. Le type faisait des études de pilote d’avion. Il était plus jeune que moi de quelques années et ça ne m’empêchait pas de jouer les gamins éperdus. J’avais même imaginé, moi qui tremble debout sur un bottin, de sauter en parachute avec lui, juste parce qu’il me l’avait demandé… enfin, si au moins il était revenu pour me rappeler qu’on devait sauter d’un avion… il m’a dit “à bientôt” mais je n’attends plus.

Il y en a eu d’autres après et les pistes de mon lecteur me le rappellent à chaque note. J’ai des souvenirs et des objets pour m’en rappeler mais malheureusement presque pas de sensations. Bien entendu certains ont compté plus que d’autres même si je voudrais leur donner à tous égale importance tant sur le coup j’y ai vraiment cru. Alors je me replonge dans les livres de l’époque, les notes et les images. Un gsm Nokia sur lequel je m’étais juré de ne jamais effacer une seule photo. Deux ans de ma vie en plus de trois cents clichés. Un carnet de note, quelques adresses et des numéros de téléphone que je ne composerai sans doute plus jamais. J’ai mis dans ces objets un peu de ma vie. Avec le temps, les saisons, les dégâts de l’homme et ceux du monde, ils s’abîmeront. S’il n’ont pas la chance et l’honneur de terminer archives, alors ils disparaîtront, comme moi, comme nous…

Sans doute les souvenirs éphémères sont plus intéressants encore. Ce furent des histoires courtes, mortes dans l’œuf mais des histoires tout de même. De la dernière en date, je pourrai me rappeler de son prénom vieillit, de son caractère tranché limite “hautain” mais adorablement taquin, de ses yeux verts remplis de vide, de ses énormes mains et de ses grosses baskets aux lacets colorés que secrètement je trouvais super “cool”. J’ai de lui une petite pub pour une pièce de théâtre, seule chose matérielle qui à coup sûr disparaîtra. Je pourrai encore me rappeler de beaucoup de choses à son sujet mais le plus étrange et le plus troublant, c’est sans doute l’odeur de mon propre shampoing qu’il a laissé sur un coussin bleu que je n’utilise jamais ailleurs que dans mon divan.

Je pourrai me rappeler. Si toutefois il s’agit un jour de choisir d’oublier certaines choses…

Feux d’artifices

Mercredi 21 mai 2008
- Moi : Au rond point tu prends à droite…
- Ma Mère : On est déjà venu ici non ?
- Moi : Ha bon ? Quand ça ?
- Mon Père : Hum… en 1985, chez Maître Carnois…

J’ai cinq ans, presque six. Je suis assis sur une chaise en bois dans le cabinet d’un avocat, rue américaine, à Bruxelles. Mon frère est à côté de moi, on se donne des petits coups de temps en temps. À chacun de nos gestes, les yeux de ma mère se tournent très rapidement en notre direction. Nous savons alors qu’il faut arrêter, se calmer, être sage. On ne tient pas bien longtemps. Ces chaises sont trop durs, on a mal aux fesses. On regarde autours de nous, on étouffe des petits rires, on se calme et puis on recommence. Mon frère balance les jambes sous son siège. Je fais de même. Je l’imite et ça nous fait rire.

Papa et Maman font face à cet homme sérieux, bien coiffé, bien habillé. Mon père a une chemise et un pantalon brun assez large dans le bas des jambes. Nous sommes en mille neuf cent quatre vingt cinq. Ma mère porte un chemisier blanc et une jupe noire. L’avocat consulte les comptes et additionne les dettes. Il se veut rassurant mais précise que ça ne va pas être simple. Il faudra quelques années, peut-être plus de dix ans pour tout rembourser. Mes parents savent que ça sera difficile. À chaque nouvel élément additionné, mon père claque des ongles, il regarde ses mains et acquiesce discrètement. Ma mère nous guette d’un œil, elle additionne au dessus des mains de l’avocat, elle regarde mon père, son visage, puis ses mains, puis son visage… une femme voit tout en même temps paraît-il…

Tout est propre dans le cabinet de cet avocat, tout est net. Il y a des plantes et des pots partout. Mon frère ne veut plus jouer, je dois m’amuser seul, imaginer un truc. Je mime des deux mains des boules qui rebondissent. Elles s’entrechoquent, je trouve ça joli. Puis je me rappelle de quelques jours auparavant. Nous vivions à Bruxelles et nos parents nous avaient amenés au feu d’artifices du vingt-et-un juillet. J’avais adoré. De mes deux mains je commence alors à mimer le décollage des fusées puis leurs explosions dans le ciel, en ouvrant tout grand les mains et en les faisant vibrer. J’imite les bruits des détonations puis je rigole. Je ne remarque pas que plus personne ne parle. Mon père, ma mère et l’avocat sont tournés vers moi. Je lève la tête et je regarde l’homme bien habillé. Je lui sourit et il éclate de rire. Quelques secondes plus tard, tout le monde se met à rire…

Alcool & cigarettes

Vendredi 16 mai 2008
Moi : Que s’est-il passé ?
Ma Mère : Eric est à l’hôpital…
Moi : Mais, qu’est-ce qu’il a ?
Ma Mère : Ho… heu… il est tombé dans son armoire vitrée…

J’ai des périodes dans ma vie où j’ai tout simplement envie de décadence. C’est un peu étrange comme sensation, sans doute un peu tordu aussi. Dimanche je suis sorti dans une boîte bruxelloise bien connue. Anthropologiquement c’était vachement intéressant. La musique allait relativement fort. C’était peut-être tout ce dont j’avais besoin ce soir là.

Alcool & cigarettes

Dans ce genre d’endroit je n’ai qu’une envie, coller mon dos à un haut-parleur et regarder les gens. C’est à la fois touchant et pathétique. Ils boivent, ils fument, ils dansent et de temps en temps descendent aux toilettes pour se droguer. Ils reviennent ensuite tout souriants en se frottant les narines. En début de soirée ils sentent encore le parfum et le bonbon frisk. Aux petites heures du matin ça commence à dégénérer. Les robes ne tiennent plus vraiment bien sur les épaules, les bouches empestent la vinasse, les regards ne suivent plus, c’est l’anarchie totale. Il y a ces filles qui cherchent encore un éventuel BOB, et peu importe si BOB est bourré, l’important c’est qu’il les conduise jusqu’à la chambre à coucher. Il y a ces gars en chemises blanches amidonnées et bien repassées, probablement des commerciaux. Il y a ce garçon dont on ne peut pas distinguer le sexe au permier regard. Il a la poitrine plate mais le reste est plus que troublant. C’est un monde en soit, une triste réalité. Ces gens, le week-end terminé, iront travailler. Ils ont des collègues et un patron qui les trouvent respectables, exemplaires et droits dans leurs bottes. S’ils savaient…

Moi j’aime simplement les vibrations du son dans mon dos, j’aime l’odeur d’alcool et de cigarettes. Mon éducation, mon histoire et mes principes font que ça s’arrête là. Pourtant, j’ai parfois la furieuse envie de me foutre en l’air. Je me dis souvent que si j’avais été simple et stupide j’aurais terminé toxico…

… en même temps, si j’avais été simple et stupide, j’aurais pu tout autant terminer heureux. Bordel, comment je me sens mal ces derniers temps…

Le grand chemin

Vendredi 9 mai 2008

Le plus amusant lorsque l’on crée un concept c’est de savoir qu’on est maître de le modifier, de le contourner ou même de le détruire. Ce message est un peu différent des autres. Il ne commence pas par un dialogue, ces quatre répliques qui sont sans doute la seule chose véritable, connue et vérifiable sur ce blog. “Je” vous parle directement pour vous remercier de suivre depuis plus d’un an maintenant Little Computer People.

Aujourd’hui j’ai fait une chose étrange. Poussé par je ne sais quoi, j’ai décidé d’aller m’assoir deux heures au beau milieu de la place Louise et d’y contempler le monde. C’est étonnant le nombre de visages connus que l’on peut croiser en deux heures de temps. Eux sont réels, il vivent sur ma Terre, je les connais de vue et parfois de nom. Derrière eux il y avait les gestes, les émotions et les manies de Thomas, Samuel, Salma, Robert, Gabriel, Augustine, Aurélie, Emeline, Denis, Hubert, Gustave, Guillaume, Muriel, Matisse, René, Marc, Julie, Charlotte et Gérald. Il y avait vous, il y avait moi et derrière moi il y avait Romain. Nous regardions tous dans des directions différentes et nous ne sommes pas vus.

Ce blog est mon monde à moi, une thérapie pour me retrouver et me mettre en quête de mon propre chemin.

“Ils se séparèrent au prochain carrefour. Henri-Maximilien choisit la grand-route. Zénon prit un chemin de traverse. Brusquement, le plus jeune des deux revint sur ses pas, rejoignit son camarade ; il mit la main sur l’épaule du pélerin :
- Frère, dit-il, vous souvenez-vous de Wiwine, cette fillette pâle que vous défendiez jadis quand nous autres, mauvais garnements, lui pincions les fesses au sortir de l’école ? Elle vous aime ; elle se prétend liée à vous par un vœux ; elle a refusé ces jours-ci les offres d’un échevin. Sa tante l’a souffletée et mise au pain et à l’eau, mais elle tient bon. Elle vous attendra, dis-elle, s’il le faut, jusqu’à la fin du monde.
Zénon s’arrêta. Quelque chose d’indécis passa dans son regard, et s’y perdit, comme l’humidité d’une vapeur dans un brasier.
- Tant pis, dit-il, quoi de commun entre moi et cette fille souffletée ? Un autre m’attend ailleurs. Je vais à lui.
Et il se remit en marche.
- Qui ? demanda Henri-Maximilien stupéfait. Le prieur de Léon, cet édenté ?
Zénon se retourna :
- Hic Zeno, dit-il. Moi-même.”

Extrait de L’œuvre au Noir de Marguerite Yourcenar (première partie : la vie errante, le grand chemin)

“Mon ami…”

Mardi 6 mai 2008
- Moi : Ca va bien ?
- Lui : J’ai beaucoup réfléchis hier soir. Je préfère qu’on en reste là…
- Moi : Heu…
- Lui : Oui je sais…

Tu vois, il y a quelques mois je faisais la connaissance de ton réverbère. C’était une nuit où la ville était éteinte, une nuit noire, sans électricité. Lui, ce géant de fonte, il brillait plus que jamais, il m’illuminait. C’est étrange comme cet évènement à changé ma vie. Quelques temps après je te rencontrais. Depuis tu ne m’as jamais réellement parlé. Tu me dis parfois quelques mots, quelques politesses, un “oui” ou un “non”. Pourtant moi je te parle, souvent pour ne rien dire, juste parce que j’en ai besoin. J’ai besoin de parler, de m’exprimer. Je retiens trop et trop longtemps. Les idées viennent, les phrases se forment et puis je les oublie. Chaque mot ainsi perdu me laisse une brûlure, un manque énorme. Je ne te connais pas, pas plus que cette ville qui nous entoure et que ces gens qui passent. En me taisant, je m’ignore moi-même. Je nie le monde en bloc, je vis à côté des choses et je semble m’en contenter. Ai-je raison ?…

Mon ami je voudrais t’expliquer ma conception du monde, sans vouloir te convaincre, là n’est pas mon but. Vois-tu, les règles qui régissent la mer et le ciel, les devoirs que nous imposent la Terre, je ne les connais pas. Ce qu’il adviendra de moi je l’ignore. La manière qu’ont les petites choses de nous glisser entre les doigts, la fréquence à laquelle les gens changent parce qu’ils craingnent de rester les mêmes, la raison pour laquelle les choses ne vont jamais comme nous le voulons, tout cela m’est inconnu. La finitude ou l’infini de notre univers, la personne qui préside à notre destin, comment éviter les défaites et la précipitation vers notre inexorable fin, je n’y pense pas très souvent. L’amour, l’amitié, les sentiments, la peur, les couleurs, les maladies, les hommes, les femmes, les animaux… ce sont des choses que je ne comprends pas. Je le pourrais sans doute mais les explications ne me contentraient pas… mes torts et mes droits, mes jours et mes nuits, mes ténèbres et mes lumières, ils sont en moi, tout au fond de moi, et je les garde… en réalité, je ne veux pas savoir… nous vivons mon ami, et j’aime cette vie plus que tout.

En prononçant ces mots, Romain regardait les étoiles. Gabriel était assis à ses côtés et faisait de même. Tous les deux souriaient…