C’était au temps où…

- Moi : Demain je suis invité à l’expo sur l’Expo 58…
- Ma Mère : Ha oui ? C’est bien ça… tu es content ?
- Moi : Oui bien sûr, ça me changera !
- Ma Mère : …Moi je n’étais pas là en 58, j’étais au Congo…

Les commémorations sont habituellement des choses que j’aime. Cette année nous fêtons les cinquante ans d’un évènement qui a marqué la génération de mes parents : l’exposition universelle de Bruxelles en 1958. Mon Père avait onze ans à l’époque, ma Mère un peu moins. Si je dois citer ce que j’en connais, je parlerais de l’Atomium que je trouve personnellement hideux, du Heysel et du chocolat “Dessert 58” que je n’ai jamais su différencier du “Double Lait“. Le reste, je le connais par tradition ou par ma formation d’historien. Oui, c’était chouette l’Expo 58. Oui ça mérite bien un beau feu d’artifice cinquante ans après.

Mais voilà, dans toute cette histoire, quelque chose me rend triste. Radio, télévision et presse écrite s’évertuent à vanter l’évènement sur le même ton, celui de la nostalgie exacerbée. Je suis moi-même de nature nostalgique mais là c’est carrément déplaisant et les mots sont franchement durs à entendre. ”C’était au temps où les Belges étaient heureux“, “C’était au temps où les rêves étaient permis“. Et quoi ? On fait quoi maintenant ? Nous vivons une époque désenchantée ? Depuis dix, vingt, trente ans ?

Alors voilà, moi, Fred, le type qui peut faire un tour à 360 degrés en gardant les yeux derrière la tête, j’affirme que les rêves sont encore permis et que les Belges, s’ils le veulent, peuvent être heureux ! Je condamne cette recherche, conjuguée au passé, d’un bonheur de complaisance, facile et accesssible et cette nostalgie d’une belle époque révolue. Je parlais récemment à un ami de ma conception de la nostalgie et j’avais peine à trouver mes mots tant elle semble pour moi évidente. J’espère que ce blog et mes histoires qui fêteront bientôt leur premier année d’existence permettent d’éclaircir cette conception sans doute trop personnelle. La nostalgie, telle que je l’utilise, est l’instrument permettant de relier passé, présent et futur au moyen de sensations et d’émotions. En ce sens, elle me stimule plus qu’elle ne me rend triste.

Voilà, pour une fois j’ai parlé en “je” au présent… ça m’a fait un bien fou, merci ! Pour conclure, je ne vais quand même pas bouder l’actuelle effervescence et je terminerai par souhaiter un très heureux anniversaire à l’Atomium !

2 commentaires pour “C’était au temps où…”

  1. Axel dit :

    Cher Fred,
    L’expo58 avait justement un côté très futuriste, tourné vers l’avenir. Au sortir de la guerre et à l’heure de la reconstruction du monde, l’expo s’interrogeait sur ce que pourrait être demain et présentait toute une série de nouveautés et autres avancées dans tous les domaines susceptibles d’améliorer le quotidien du plus grand nombre.
    Qu’en est-il de ces promesses de bonheur? Lesquelles ont été réalisées? Pourquoi d’autres sont-eles restées lettre morte? De quel avenir rêvons-nous aujourd’hui pour demain? Est-il encore permis de rêver de bonheur ou cela relève-t-il définitivement de l’utopie? Tels sont les thèmes (déjà évoqués en 58) qui sont à l’ordre du jour lors des festivités de 2008.

    Les médias ont (sur)souligné la nostalgie de certains qui ont vécu l’expo. Mais pour beaucoup (et nous en rencontrons beaucoup au quotidien), ils préfèreraient avoir 20 ans en 2008 plutot qu’en 58.

    En 2008, les festivités et le pavillon du bonheur provisoire en particulier sont tournés vers l’avenir. Et c’est là que je te rejoins car cette interrogation est primordiale.

    .. et mercis pour tes vœux!

    axel@atomium.be

  2. Fred dit :

    Cher Axel,

    Merci pour ton commentaire, il me fait vraiment plaisir. En me relisant et suite à ton commentaire, je suis heureux qu’il soit clair que ce n’est pas l’organisation même des commémorations que je “critique” mais bien les mots qu’on a pu voir dans les médias. En fait, tu as raison, c’est sans aucun doute la nostalgie des gens qui ont vécu cette exposition qui est mise en évidence. Ton point de vue “interne” à l’exposition m’intéresse beaucoup. J’ai aussi eu l’occasion de parler à mon travail avec un “ancien” ayant vécu ces grands moments de 58 et ce fut très instructif.

    Puis je ne vais pas nier que j’étais vraiment enchanté d’assister à l’inauguration des festivités. Comme je le dis dans mon message, j’aime les commémorations. Historien de formation, j’aime aussi ces périodes où tout s’accèlère et où tout semble possible. Avec le recul, ce sont des périodes qui semblent “utopiques” mais qui sont aussi terriblement humaines.

    Encore merci pour ton commentaire !

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