Archive pour novembre 2007

Prendre l’Air à Lille

Mardi 20 novembre 2007
- Mon père : Bon les enfants, là on arrive à Valencienne !
- Mon frère : Ben oui… et c’est nul Valencienne…
- Moi : Ben pourquoi !?
- Mon frère : Parce que Lille c’est mieux…

Ha ben merde, ça c’est original, une salle de spectacle dans un centre commercial. Les Français ont définitivement une autre définition de la culture. D’habitude je n’aime pas le graphisme des logos des lieux culturels français. Là, j’adore l’enseigne de l’Aéronef, c’est classe et terriblement expressif. J’aime beaucoup.

Dr. Oetker et moi on a bien stressé pour y arriver. Lui ça fait un bail qu’il ne vit plus à Lille, moi je n’y ai été qu’une seule fois. Puis vous comprenez, il est hors de question qu’on manque une seule minute du concert. D’ailleurs je déteste ça, tout simplement parce que j’adore attendre que ça commence. Ce soir c’est Air qui joue. Bon, je prends quand même le temps d’aller déposer les vestes au vestiaire, on sera plus à l’aise. Dr. Oetker lui doit fumer une clope. Ça m’arrange, je dois pisser, encore…

On entre dans la salle. Pas de bol, la première partie à déjà commencé. Quelle agréable musique. Ce sont trois filles qui jouent sur des synthétiseurs et chantent. Leur groupe s’appelle Au revoir Simone et elles sont Américaines. Dr. Oetker trouve que celle de gauche est mignonne. Je préfère les deux autres. Je me demande si elles sont jumelles, elles se ressemblent tellement. Mon Dieu, c’est définitivement très accrocheur. J’apprécie, je savoure, j’aime de plus en plus. Après quarante-cinq minutes, elles nous disent avec un accent à tomber par terre “merci beaucoup ! This is the last song ! Have a great time with Air !“. J’ai presque envie de pleurer. Décidément j’aime beaucoup les concerts. L’entracte est assez long pour que j’aille à nouveau soulager ma vessie. Dr. Oetker lui doit fumer, chacun son truc.

Ha l’attente ! Trop excitant. Ils arrivent assez rapidement, le public crie. Aux premiers abords, ils ont l’air assez hautains c’est deux gars de Versailles. Ha ben zut, j’avais oublié comment j’aimais bien Air. Pourtant il n’y a que depuis quelques années que j’ai associé leur musique à leur nom, grâce à ma meilleure amie. Je devrais vous parler d’elle un jour ou l’autre. Les gens autour de nous ne sont pas très motivés. Devant il y a un couple, je me demande limite ce qu’ils font là. Ils auraient pu rester chez eux, se passer un album de Air et baiser. Ils auraient été plus à l’aise je crois. C’est indécent comment ils se lèchent. Dr. Oetker est d’accord avec moi.

Ça dure une heure vingt. C’est vraiment intense. Vachement planant comme concert, largement au-dessus de mes attentes. Il faut dire que le final est grandiose. Un morceau de basse très lounge qui dérive dans de l’électronique décousu, limite galactique. D’ailleurs, ces lampes à l’arrière me font penser à un vaisseau spatial. Je pense que c’est le but en fait. Elles se mettent à clignoter dans tous les sens quand le groupe quitte la scène. Les lumières se rallument. Quand je me retourne, je confirme ce que je pensais. Un type me regarde depuis le début du concert. Caramba, encore raté, je n’en profiterai pas. Il était mignon pourtant… bref…

On redescend de l’Aéronef. Dr. Oetker allume une clope, qu’est-ce qu’il fume lui ! Moi j’ai une basse dans la tête qui continue encore et encore. Je regarde le ciel. Il est vingt-trois heures. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Manger ?! Ha oui ! Excellente idée…

Interlude

Dimanche 11 novembre 2007
Moi : Mais enfin, qui chante ce morceau ?!
Lui : C’est pas Mercury Rev ?
Moi : Nan ! Mercury Rev c’est naze…

Lui : Ben c’est le suivant alors, Sigur Ros…

Ça commence par un grésillement sur une ligne mélodique, pendant trente-cinq secondes. C’est comme une radio mal réglée, une fréquence lointaine, perturbée, parasitée. À la trente-sixième seconde, la boîte à musique s’enclenche et l’on part très haut. Des sons qui reviennent “à la moulinette” et sur lesquels un piano vient se poser, jusqu’à ce que la ligne mélodique vienne nous repêcher. Après une minute et dix secondes, des mots apparaissent. Ce sont des mots qui n’existent pas. Ils nous intriguent. On cherche a comprendre pendant les vingt secondes qui suivent puis on ne veut plus savoir. La mélodie décolle, belle et symphonique. Toujours ces mots qui n’existent pas et qui nous font ressentir des sentiments inconnus, hors du temps, inexistants.

Les choses se calment soudainement et la boîte à musique se remet en marche. Elle est bientôt rejointe par une ligne de basse grave et prononcée. Vous sombrez. Le sommeil n’est pas loin. Vous percevez ce bourdonnement caractéristique dans vos oreilles. Vous fermez les yeux. Avant de vous endormir, vous planez une dernière fois sur une ultime envolée symphonique. Vous souriez.

À la quatrième minute, tout disparaît. Il n’y a que cette boîte à musique qui subsiste et quelques battements en guise de rythme. Les notes moulinent pendant un instant puis elles accélèrent doucement. Les mots reviennent. Ils sont toujours aussi troublants, toujours aussi réconfortants. Le bourdonnement devient de plus en plus apaisant. Vous partez définitivement lorsque les trompettes entrent en scène. D’abord discrètes, elles se font petit à petit plus présentes. Ce sont des notes simples mais des notes belles. Elles éclatent soudain, accompagnées des batteries et de la grosse caisse. C’est un air de fanfare, un air de votre jeunesse. Vous rêvez. Vous traversez les villes, les campagnes, les espaces et le temps. Vous êtes le monde, vous volez.

Vous dormez jusqu’à ce que des violons hésitants et tremblants vous secouent, comme les premiers frissons du matin. Vous ouvrez les yeux, il fait clair, il fait froid. Rien n’est nette, tout est calme. Le grésillement reprend soudain. La nuit est terminée. L’histoire peut continuer…

… à propos du morceau “Sé Lest” de Sigur Ros.