Archive pour mai 2007

Le principe de la connerie

Mardi 22 mai 2007
Elle : Je veux gagner au Lotto !
Moi : À le pied ! Tu ne devrais même plus te poser la question de savoir si tu as besoin d’un home cinema ou d’un truc du genre…
Elle : Ha bon ? Pourquoi ?
Moi : Mais parce qu’il est évident que tu aurais besoin d’un Home Cinema !!!

On me dit souvent affectueusement que je suis trop gentil. Aujourd’hui je ne l’ai pas été, où plutôt, je l’ai été vraiment trop. Logiquement, cela fait de moi l’explication vivante du principe de la connerie.

Imaginez la scène. Je sors du bureau de poste en suivant un monsieur, tout ce qu’il y a de plus gras et de plus désagréable. Le monsieur en question perd sous mon nez un billet de Subito qu’il venait d’acheter. Je réfléchis trente secondes mais visiblement pas assez pour chasser de mon esprit le boy scout bien con et bien odorant que je peux être. Je ramasse donc le billet, appelle le monsieur et le lui rend, tout souriant.

Evidemment, vous pensez bien, comme le monsieur en question ne m’a même pas remercié, je ne me persuade depuis ce matin que d’une seule chose : il est évident que ce billet de Subito était gagnant !!!

Deux

Lundi 14 mai 2007

La maîtresse : … et maitenant vous tracez deux belles boucles.
Moi : Comme cha Madame ?
La maîtresse : Non, non, la boucle du bas sur la ligne du bas.
Moi : Ha ! Comme cha alors Madame ?

Mon chiffre préféré est le “trois” et je l’assimile à la couleur verte. Le chiffre “deux” me pose davantage de soucis et je l’associe aux coloris rouges. C’est idiot ce genre de rapprochements mais j’ai parfois l’impression que sans ces petites choses ma vie aurait moins de sens.

Deux

Lorsque nous étions enfants, nous avons tous appris à tracer le plus justement possible les lettres. Nous possédions pour cela un cahier spécial ligné double pour distinguer la hauteur des majuscules de celle des minuscules. Après l’alphabet, c’était au tour des chiffres et nombres. Le “zéro”, simple oval dressé dans sa longueur et le “un” avec une patte horizontale et une tête oblique. Pour le “deux”, les choses se corsaient un petit peu. Celui-ci demande en effet une plus grande dextérité et un “deux” raté est définitivement l’une des pires choses à regarder. On part de la boucle supérieure et on descend en oblique vers la gauche pour repartir en boucle, faire demi-tour vers la droite et terminer en légère ondulation. Bien entendu, je parle ici du “deux” manuscrit, celui que seuls les maîtres et maîtresses d’école savent tracer à la perfection d’un subtil glissement de craie sur le tableau noir.

J’étais passé maître dans l’art de dessiner les chiffres et mon “deux”, à force d’efforts, frisait la perfection. Aujourd’hui, il m’arrive encore de temps en temps de resortir un “deux” parfait, aux boucles et aux dimensions idéales mais le plus souvent il ne ressemble à rien, trop aplati, pas assez “gonflé”, trop ondulant. J’admire réellement les gens capables de le dessiner de manière proportionnée et harmonieuse, ils prouvent ainsi une grande maîtrise et une énorme précision. Car le “deux” se trace d’une manière sèche et directe, presque inconsciente, comme un paraphe ou une signature.

De son allure tantôt nonchalante, tantôt menaçante, le “deux” cache toute une symbolique. Il est le premier chiffre à être pluriel, après le rien et l’unique et, dans cette multiplicité, il est la cellule de base nécessaire à toutes relations. On discute à deux, on échange à deux, on fait sa vie à deux… il est le trait d’union entre l’individu et le monde. Il est pour bon nombre d’entre nous le chiffre le plus confortable et le plus rassurant qu’il soit. Il est la mesure de l’inconscience heureuse et du bonheur et l’on s’y coucherait volontier. Mais parce qu’il n’est finalement que le fruit d’une addition, il reste divisible, et détruire un “deux”, c’est séparer ses boucles et tirer un trait.

Le reflet de Romain

Lundi 14 mai 2007
Lui : Voilà mon garçon, j’ai terminé !
Moi : Merci Monsieur…
Lui : Mais de rien, te voilà plus légé. C’est une bonne chose de faite.
Moi : Je vous dois combien ?

Romain à vingt-sept ans, il est relativement intelligent et sans grands défauts physiques mais, de cette évidente normalité, il doit s’en convaincre tous les jours.

Family Patchwork

Petit, Romain était trop maigre et ses parents s’en inquiétaient. À peine vingt kilos à dix ans, ça faisait parler les gens. Lui n’en rougissait pas. Tout inconscient qu’il était, il jouait fièrement de ses fragiles mandibules et pianotait sans complexe sur ses minuscules côtes. À partir de l’adolescence, Romain se déforma dans tous les sens, il plia, se courba, enfla, devint gras et puis moins gras, tour à tour, flasque et robuste, blanc, rose et rouge. La situation s’empira et Romain ferma les yeux, pendant longtemps, très longtemps. Un matin, il se réveilla et, devant son miroir, découvrit le visage et les traits qu’il porterait jusqu’à la fin de sa vie. Il avait vingt-cinq ans, il était adulte, à nouveau d’apparence normale.

Vu son ossature, je ne conseille pas à votre enfant la pratique d’un sport“; “l’inégalité des jambes s’accroit de plus en plus, il devra bientôt marcher dans les rigoles“; “un peu de graisse mal placée à l’adolescence, c’est normal, hein mon petit gros !!!“. La vie est souvent faite de contrariétés et de vexations dont on n’évalue pas toujours la portée. Ces mots prononcés par des médecins sont paroles d’évangile, alors on se tait et on dit “merci Docteur“, “au revoir Docteur“.

Pas moins acceptables et tout aussi blessants, les sarcasmes du coiffeur ont achevé le travail. “Ha mais regardez-moi cette implantation de cheveux, on dirait un palmier, on sait vraiment rien en faire !!!“. De la part d’un type qui sent la sueur, empeste la bière et se rase les cheveux pour masquer sa calvitie, l’intention est mal placée. Peu importe, Romain avait pris note. D’avoir été coiffé par des idiots sans goût et sans tacte, il s’était résigné à ne rien faire de ses cheveux. Peu à peu, par inutilité ou par rejet, les miroirs disparurent de son environnement. L’image floue et sculptée par l’humour stupide et les certitudes écœurantes de ces gens, avait définitivement abattu son amour propre. Romain détestait Romain.

Pendant longtemps, chaque vision de lui-même le faisait sursauter et baisser les yeux. Chaque tentative forcée était un échec. Il se brossait les dents les yeux dans le lavabo et sortait de sa douche en se réjouissant de l’embuement excessif de sa salle de bain. Et comme la souffrance n’est que plus délicieuse lorsqu’elle se vit seul, il n’en parlait à personne. Les années passant et le processus de refoulement aidant, Romain se vida de toutes substances. Creux, terne et sans âme, il ne lui restait que sa gentillesse et un peu de bonne volonté pour faire partie du monde.

Aujourd’hui Romain voudrait oublier. Oublier ces années d’ignorance et de rejet, oublier la solitude qu’il s’était imposée, les portes qu’il avait fermées et rebâtir son royaume. Victime de lui-même, à la fois martyr et bourreau, juge et condamné, il a décidé de se repentir. Apprivoiser son reflet malgré l’envie de s’arracher le visage, de se le griffer et de se faire souffrance, telle est sa vie depuis deux ans. Mais aujourd’hui Romain recommence à aimer Romain.

Converti !!!

Mardi 8 mai 2007
Mon père : Bon, choisi un modèle dans l’étalage…
Moi : Heu… celles-là ? Mais elles sont chères…
Mon père (emmerdé) : 4999 francs ? Bon ok, c’est bon…
Moi : T’es certain que maman sera pas fâchée ?

Ça faisait un moment que j’y pensais, mais j’hésitais. Samedi après-midi, j’ai cédé, j’ai été m’acheter une paire de baskets “Converse”. Ce genre de baskets me rappelle une époque, une certaine jeunesse mais pas la mienne, celle de mes frères. Fin des années quatre-vingt, avec les jeunes du quartier, ils discutaient abondamment des dernières tendances en matière de shoes. Un soir de printemps, alors que nous étions dans le parc “le Paradis”, un pseudo paumon vert flanqué au beau milieu d’une cité sociale, je me souviens avoir entendu mon frère dire d’un air grave et sérieux : “il me faut des Converses rouges…“. Un moment de nostalgie ? Ben oui, que voulez-vous…

Converse

Finalement, il ne les a jamais achetées ses Converses, moi si… mais en 2007 ! Je vous épargne les théories cycliques sur la mode, tout le monde les connait. Je vous passe également les considérations sur le marketing et l’incitation à la consommation, je reconnais être un acheteur facile et je n’en ai pas honte. N’empêche, ces baskets sont cool, c’est incroyable. Elles font des pieds tout simples et tout légers et on se sent tout jeune et tout souriant en les portant. Seul petit bémol, je ne sais pas si la matière interne est incompatible avec celle de mes chaussettes mais le frottement de l’une contre l’autre provoque un coassement assez étrange. En raison de leur couleur verte, je les ai d’ores et déjà baptisées mes “kermits“.

Il faut dire que mes pompes et moi, ça n’a pas toujours été simple tous les jours. Petit, une talonnette orthopédique m’obligeait à porter des souliers et uniquement des souliers. J’aimais pas du tout. Puis vint la période de la libération, lorsque mes parents se décidèrent de me faire confectionner une talonnette interne, glissable dans n’importe quelle paire de chaussures. Le pieds ! C’est le cas de le dire. Depuis ce jour, je ne porte pratiquement que des baskets. Dans les années nonantes, j’étais fan des Nike Air. Ceux qui pensent que j’ai toujours été un garçon très discret seraient étonnés de savoir qu’à l’époque je portais des Nike Air Tech Challenge André Agassi, noires, blanches et jaune fluo avec semelles transparentes (4999 francs à l’époque, avec le recul j’ai un peu honte). Puis vinrent les années de déprime, la période des baskets de merde à des prix bas que je gardais aux pieds toute la journée, des loques, des trucs sans forme qui n’avaient qu’une envie, se “casser”. Depuis un petit temps, je suis plus soigneux sur ce point. Je suis passé aux classiques baskets Puma (blanches et puis rouges), aux chaussures du frère ennemi Adidas, aux jolis mocassins Asics ou encore au très confortables modèles New Balance. Ces dernières me font toujours bien rire car elles me font vraiment des pieds tout gros et tout ronds, un peu comme des couques (ou brioches pour les Français qui seraient susceptibles de me lire).

Voilà pour cette rétrospective assez nostalgique. C’est dingue comme un simple objet, une simple image, une marque ou un logo peut vous rammener dix ans en arrière. Rappellez-moi d’un jour vous reparler de ce fameux parc “le Paradis”, c’était vraiment glauque, vous allez adorer.

La vie 2.0

Vendredi 4 mai 2007
Lui : Quelle heure avez-vous ?
Elle : Il est dix-sept heures vingt-cinq…
Lui : Mon Dieu ! Déjà ? Je dois filer…
Elle : Au revoir Monsieur.

Il passe son temps à regarder l’heure, à l’attendre et à la redouter. Il court après tout, derrière les bus, derrière les trains, derrière les taxis. La fuite du temps le rend maladroit, limite asocial, souvent à son insu. Sa vision du monde ne se limite qu’à de brèves images des gens qui l’entourent. Une seconde sur le visage d’une vieille dame au détour d’une rue, une demi seconde sur celui d’un jeune homme sortant du métro et, de temps en temps, ses yeux s’attardent un peu plus longuement sur un enfant qui lui sourit. Sa vie est comme un clip vidéo, rythmée et changeante, esthétique et dynamique mais cependant totalement dénuée de sens car il a depuis longtemps coupé la musique.

Et pourtant… il sait qu’il vit en société et, à sa manière, en s’en persuadant tous les jours, il prend part à l’universel. Un jour, entre deux trains, il s’est planté dans une librairie et à ouvert l’un de ces magazines qui parlent pompeusement de la “quatrième révolution industrielle”, de “l’air numérique” et du “web 2.0″. Depuis, il s’y est mis, tous les jours, avec acharnement. Il chat, il surf, il s’amuse. Le soir, avant de quitter le bureau, il prend le temps de saluer ses correspondants distants parce que ça ne se fait pas de se déconnecter au nez des gens et de partir comme un voleur. Il répond poliment aux messages électroniques et fait savoir quand une plaisanterie lui a plu. Il partage ses humeurs, ses ambiances et ses coups de cœur mais toujours derrière son dix-sept pouces. Il fait partie de ces millions d’internautes qui créent le web tous les jours. Joie et bonheur ! Il a trouvé sa voie…

Il sort du bureau satisfait de ses efforts de communication et plein de motivation pour partager davantage avec ses amis numériques. En partant, il oublie de la saluer. Elle n’a pas non plus été remerciée pour avoir nettoyé son bureau, vidé sa poubelle et lavé ses vitres. Désolé pour elle, il était au téléphone et ça ne se fait pas de couper son interlocuteur. Après tout, son correspondant paye pour lui parler. Sa batterie est encore bien pleine, il reste joignable pendant tout le voyage du retour. Quel soulagement ! Un échange de messages et, quelques hésitations plus tard, il accepte de retrouver des amis autour d’un vrai verre, sur une vraie terrasse, sous un vrai ciel. Après les quelques formalités habituelles, ils entrent dans le vif du sujet. “J’ai lu sur ton blog que…“, “j’ai adoré ton dernier post !!!“, “dis-moi, comptes-tu parler de ça sur ton blog ?“, “je dois mettre ça sur le mien…“. Les discussions durent une bonne heure et puis chacun rentre chez soi. C’est que ce soir, ils doivent encore relever leur courrier, y répondre, mettre à jour leurs agendas et synchroniser leurs PDA. Il est vingt et une heures quarante-cinq. Dehors il fait encore clair. Le ciel vire à l’orange.

J’ai un jour fait l’expérience de lui adresser subitement la parole alors qu’il rentrait chez lui. D’un air enjoué et volontairement exagéré, je lui ai simplement dit “bonjour ! Comment allez-vous ?“. Après quelques moments d’hésitation, en agitant légèrement la tête et les bras, il a roulé des yeux et maladroitement m’a répondu “merci“.

Life is a game

Mardi 1 mai 2007
Moi : Salut !
Vous : Oui… bonjour…
Moi : Vous vous souvenez de moi ?
Vous : Heu… on se connait ?

Je devais avoir sept ans quand j’ai découvert cet étrange jeu. En 1985, un employé de chez Activision (un développeur de jeux vidéos) du nom de David Crane imaginait Little Computer People, la première “simulation de vie” jamais créée. Vingt-deux ans plus tard, je choisis d’ouvrir un blog portant le même nom. Pourquoi donc ?

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Je ne saurais vous donner une raison précise à ce choix. Pour commencer, je pourrais vous dire que j’aime tout simplement ce titre. Ensuite, il faut avouer qu’il résume admirablement bien la direction que je souhaiterais donner à ce blog. Dans le jeu Little Computer People, votre “mission” était simple. Vous deviez, au moyen de commandes écrites, faire vivre un personnage dans son univers propre. Sur ce modèle, j’aimerais, à mon tour, vous parler de gens ou de choses qui n’existeraient que dans la longueur de mes paragraphes. Certes, c’est une mission périlleuse qui pourrait sombrer dans le plat, l’inintéressant ou le pathétique. Je choisis néanmoins de relever le défi et d’utiliser mes propres expériences et mon entourage en guise d’inspiration, de soumettre tout ça à la vicieuse analyse de mon esprit tordu et d’en créer des portraits, des caricatures, des récits ou de simples observations.

Pour ceux qui me connaissent déjà, ils savent que je n’en suis pas à mon premier essai dans le domaine. Pendant un peu moins de deux ans, j’ai pris du plaisir à décrire et à mettre en scène mon milieu professionnel. Aujourd’hui, ce blog “Administration (veuillez rester à l’appareil…)” est mort et je ne compte pas le ressusciter. Je ne veux plus me définir par ma vie professionnelle, je n’en ai plus l’envie et je n’en vois plus l’intérêt. Pour les nouveaux venus, ceux qui n’ont pas connu mes antécédents de fonctionnaire dépressif, sachez que je suis parfois un brin cynique et même de temps en temps carrément vulgaire. Veuillez donc m’excuser à l’avance pour d’éventuels propos que vous prendrez, comme il se le doit, au quarante millième degré. N’ayez crainte, je ne suis jamais bien méchant et d’aucuns vous diront même que je suis drôle. Sur ce dernier point, je vous laisse seul juge.

Little Computer People est donc un espace d’expression sans réelle finalité sinon celle de vous fournir une vision du monde qui m’entoure. Je ne bouderai pas non plus l’envie de vous parler de temps en temps de choses qui me tiennent à cœur, me touchent ou m’amusent. Je vous invite à faire de même par l’intermédiaire de vos commentaires. Vous trouverez des informations plus détaillées à mon propos dans les pages “Qui suis-je ?” et “Comment me contacter ?“, toutes deux accessibles depuis la barre latérale du blog (section “Informations“). Bonne lecture à toutes et tous.