La fin… le début

1 août 2009

Ce carnet ouvert il y a maintenant plus de deux ans prend des airs de désert. C’est sans doute une volonté inconsciente de ma part. Une histoire a un début, un déroulement et une fin. La mienne, telle qu’elle coule depuis maintenant presque trente ans a fait l’objet de quelques évocations sur Little Computer People. J’aurais sans doute rêvé la voir écrite ici, d’une manière autre que celle du journal intime, un genre que je n’apprécie guère. J’ai testé, trouvé un concept basé sur une structure un peu éclatée, une succession de mots et de verbes tantôt conjugués à la première personne ou à la troisième. J’ai inventé des personnages, je les ai fait naître et vivre, plus dans leurs sentiments que dans leurs actions. L’action, la mise en scène, la narration, ce sont mes faiblesses. Comme je l’écrivais précédemment, j’ai une difficulté monstrueuse à encadrer une durée entre un début et une fin mais je m’améliore. Vous ne connaîtrez jamais la fin de Romain, ni celle de l’allumeur de réverbère, ni celle de tous les autres. À l’image des dialogues qui introduisent les histoires de ce carnet, vous aurez au moins vécu avec eux des moments, tout au plus une ou deux minutes de leurs vies respectives. J’avais d’autres projets sur la toile mais je ne les concrétiserai pas. Je n’en ai plus l’envie, c’est fini, c’est passé. Il faut croire que je suis guéri…

Little Computer People est officiellement fermé ce samedi 1 août à 23:05. Romain m’a demandé pourquoi et je lui ai répondu que je ne voulais plus écrire en ligne. Il m’a dit de prendre une feuille de papier ou ce carnet rouge que des amis m’ont offert pour mes vingt-neuf ans. Je l’ai fait et j’ai trouvé ça plus convainquant. L’instantané, le décousu, l’énigme, ce n’est plus vraiment mon truc. Il m’a dit “écris” et je lui ai répondu que j’essayerai. Il m’a demandé si on allait se revoir et j’ai dit que je ne savais pas. Il vit sa vie, là-bas, près de son réverbère. Il la vit bien je pense…

Aux autres, les vrais gens, je suppose qu’il me reste à leur dire “au revoir” et “merci”…

Les autres

29 janvier 2009

Lui : T’es qu’un malade ! Qu’est-ce qui t’a pris ???
Moi : Je m’en fous…
Lui : Mais moi je devais rester dans ce train quand t’es parti !
Moi : Je m’en fous…

C’est étrange comme je me sens maintenant bien dans les trains. Ça n’a pas toujours été le cas. Il y a presque dix ans, le spectacle des transports en commun m’était insupportable. Ce n’était pas l’ambiance ou le manque de confort, c’était les gens, les autres…

J’avais vingt ans, je me rappelle. J’étais assis sur la banquette verte d’un train rouge. Il y avait ce bruit sourd et cette odeur de fer caractéristique des vieux wagons. J’avais la tête appuyée sur la vitre, les épaules contrastées et les bras croisés. Je scrutais d’un oeil mon entourage, je le jugeais. Il y avait cette vieille dame qui tenait fermement son sac à main. Elle avait des cheveux gris et un cache poussière comme celui de ma Grand-Mère. Il y avait cette femme qui venait de frotter à l’aide d’un mouchoir la banquette sur laquelle elle allait s’asseoir. Je trouvais ça ridicule. Ce simple geste la rendait détestable. Je pense que je lui aurait bouffé le nez si elle m’avait demandé l’heure mais elle ne l’a pas fait.

Il y avait les gens debout, les gens assis dans les couloirs, ceux qui se tenaient, fermement, la main collée au plafonds. Il y avait en hiver la buée sur les fenêtres et en été les odeurs propres aux chemins de fer. Il y avait aussi pendant les vacances les départs de groupes, les scouts, le retour des étudiants après la session. Il y avait des chants et des rires et il y avait moi, gris clair et colérique. Je me rappelle de la jalousie et de la haine pour ceux de mon âge, pour ces garçons et pour ces filles, pour leurs jeux complices, leur camaraderie et leurs évidents secrets. Ils s’exhibaient devant moi, chaleureux, taquins, amoureux parfois. Je les scrutais, l’oeil gauche fermé. Chez elle, je voyais ses cheveux et son regard farouche. Chez lui j’observais son cou, son menton, sa barbe naissante et ce que je pouvais voir dans sa chemise entre-ouverte. C’était une sensation insupportable. Je ne les détestais pas pour ce qu’ils représentaient, je les haïssais pour ce que je n’étais pas. Parfois des larmes montaient. Je fermais alors les yeux et je posais à nouveau ma tête sur la vitre. Je sentais un choc à chaque aiguillage. Je m’en foutais. Je ne voulais plus voir, plus entendre, plus sentir… juste m’arrêter là…

Des idées et quelques lettres

13 décembre 2008

Moi : Je devrais me remettre à la lecture…
Lui : Mais oui !!!
Moi : Ben Oui !!!
Lui : Sincèrement, je ne pense pas que l’on puisse écrire si on le lit pas… 

Ma dernière histoire remonte au vingt-six octobre. Je n’écris plus… en tout cas pas ici. Je ne remets pas en cause ce qui a été écrit sur Little Computer People. Toutes ces histoires j’ai pris du plaisir à les écrire et j’en prendrai encore, quand les choses iront un peu mieux. En attendant j’écris ailleurs, sur du vrai papier parfois, dans un carnet rouge aussi, mais le plus souvent dans ma tête. Il y a quelque chose qui me bloque, un courant qui passe difficilement entre mon cerveau et ma main droite. C’est peut-être un problème de concentration…

Je suis passé par plusieurs stades et de multiples humeurs. J’ai écris des paragraphes déprimants et torturés dont quelques lignes ont subsisté dans la note 118 qu’un inconnu a laissé dans un journal intime avant de s’ouvrir les veines. J’ai donné naissance à Matisse Hubert, géographe désabusé,  engagé dans un institut de cartographie et condamné à y travailler sept heures trente-six par jour. Quelles étranges similitudes existent entre ce Matisse et un certain historien non moins désespéré ayant un jour vécu l’expérience inutile d’un centre national d’archives ? Répondre “aucune” serait mentir, c’est presque trop évident. Il est tellement simple de parler de soi mais si difficile de travestir les choses de manière belle et digeste. Pour ces écrits de ces derniers mois, j’ai une nouvelle fois succombé à mes envies de terres brûlées. J’ai tout effacé tout simplement parce que je n’étais pas content de moi.

Il me faudra du temps pour un jour accepter de terminer quelque chose, d’encadrer une durée entre un début et une fin. Au détour de quelques “bonnes idées”, je tombe trop facilement dans ces pleines mornes et tristes, des réceptacles à vent, sans utilité et sans inspiration.

J’ai quelques projets dans ma tête, quelques idées qui se résument pour l’instant à quelques lettres. Je m’attache depuis quelques semaines à des légendes bretonnes et j’imagine, née d’une interprétation moderne voir futuriste, une ville appelée Par-Ys. J’ai toujours voulu mettre en scène les murs d’une cité. Dans mon imaginaires, j’imaginais autrefois cette ville suspendue dans les cieux. Je l’envisage aujourd’hui posée sur l’eau, à une époque où les mots littérature, histoire et science ne sont que d’antiques souvenirs disparus dans l’océan avec les livres qui les contenaient. J’ai dans ma tête l’ébauche d’une histoire, des personnages, des situations mais je peine à les mettre en couleurs et en sentiments.

Je pense que je veux aller trop vite. Il me reste encore quelques petites choses à mettre par écrit, notamment sur Little Computer People. Quelques mots que je me forcerai probablement à rédiger mais qui me feront un bien fou. Il me reste à faire avancer cette introspection, rassembler les deux mondes pour enfin, peut-être un jour, lâcher la main de Romain.

Note 118

26 octobre 2008

- Moi : On me reproche tout le temps de me taire.
- Elle : Mais tu n’as qu’à parler !?
- Moi : C’est simple à dire, je n’y arrive pas…
- Elle : Hé bien écris alors !?

Marguerite a les cheveux gris attachés en chignon, imposant et négligé. Elle s’assied de temps en temps dans ce petit fauteuil jaune canari qu’elle a récupéré en vidant un appartement, il y a maintenant trois ans. Elle a quarante-huit ans et le physique d’une mère de famille, un visage un peu trop usé, un air parfois légèrement aigri. Pour tuer les heures des dimanches après-midi, elle feuillette ce même carnet bleu à la couverture sale et aux pages cornées. Elle y parcours les cent dix-huit notes. Elle connaît par cœur la plupart de celles-ci mais n’arrive pas à trouver l’intonation pour lire la dernière. Sans doute elle ne la comprendra jamais complètement…

On y a tous déjà pensé, un matin, en se réveillant. Si cette journée était la dernière ? Si, dans moins de vingt-quatre heures, je n’étais plus là ? S’il n’y avait plus rien au bout du jour, juste une dernière nuit, éternelle cette fois ? J’y songe quotidiennement, presque par réflexe. Le fait est que je n’aime plus la vie, et que l’évocation de cette fin prend chez moi des airs d’espérance. Je ne l’ai jamais dit à personne - parce que ce genre de choses ne se dit pas - mais je trouverais plus simple d’en rester là, d’en finir aujourd’hui. Je reste pourtant malgré tout accroché à ce stupide fil. Je ne fais rien pour m’en détacher, parce que je suis faible, peut-être un peu lâche, et il continue à me relier au monde comme la corde relie le pendu à l’arbre. Je suis vivant mais tellement mort…“.

Marguerite ne peut plus pleurer, elle n’y arrive pas. Elle a le souvenir de ce jour, celui où elle le découvrit gisant dans sa baignoire, les cheveux flottant dans l’eau rose. Qu’aurait-elle bien pu faire d’autre qu’accepter ?

Un rapide calcule lui fait conclure qu’il aurait eu aujourd’hui vingt-trois ans…

Rendez-vous

13 octobre 2008

Lui : Alors ? Comment vas-tu ?
Moi : Heu… ça va oui…
Lui : Tu ne t’attendais pas à ça hein ?
Moi : Heu… non, pas vraiment…

Romain se sent seul, terriblement seul au milieu des quelques dizaines de personnes venues comme lui prendre un verre à l’une des tables de cette brasserie. Romain attend et Romain stresse. Ses mains sont moites et ses lèvres sont sèches, comme à chaque fois. Vingt et une heures et vingt minutes. Personne n’est encore en retard. Romain est arrivé quinze minutes en avance, sans même le vouloir. Il regarde l’heure mais oublie de la lire. Il recommande un soda mais il n’a pas soif. Il a mal au ventre mais c’est supportable. Il se surprend et bondit à chaque passage. Cela amuse le serveur. Romain le remarque et pique un phare.

Un couple est en négociation en face, à droite. Ceux-là ont l’air calmes. Ils sont mignons et Romain se sent tout à coup réconforté. Il a ce soir lui aussi un rendez-vous et malgré le stresse, il en est charmé. C’est un garçon intéressant, un comédien, qu’il n’a eu l’occasion de voir qu’une seule fois auparavant. C’est un type qui, pour une fois, a réussi à le faire rire et chez Romain c’est une chose rare. À l’évocation de son métier, Romain avait vu la tête de son interlocuteur se décomposer. “Tu travailles dans un service d’archives ? Vraiment ? Alors, ça existe réellement des gens comme toi ?”. Ces mots qui auraient vexé n’importe qui avaient plutôt amusé Romain. Oui, les gens comme lui existent.

Vincent, c’est son nom, est sans doute encore au théâtre et termine de se changer. Romain boit son soda mais le goût lui donne la nausée. Il regarde à présent le plafond et le trouve beau. Les lampes y sont jaunâtres et la peinture fait des reflets verts. Petit à petit, ses pensées se mettent en marche, romain s’éloigne et s’envole mais une voix le rappelle à l’ordre. “Hé bien mon beau Romain ! Je ne t’ai pas fait attendre ?”. il revient soudain sur terre. Il cligne des yeux, réfléchit un instant. Ce qu’il a devant lui mesure un mètre quatre vingt, porte une robe bleu électrique et de longs cheveux blonds. “Excuse-moi, je n’ai pas eu le temps de me changer”. Romain ne dit pas un mot. “En plus personnellement, je m’amuse dans cette tenue”. Romain se tait. “Dis-moi, ça ne te dérange pas j’espère ?”. Romain dira “non”, parce qu’il est poli.

Vincent lui parlera de sa représentation, de ceux qu’il appelle ses amies et de la “patronne” qui a parfois du poil au jambe. Ces un monde en soit que Romain entrevoit ce soir là. Il sourira plusieurs fois, rigolera même franchement de temps en temps. Il reprendra un verre de vin rouge et un soda pour terminer. À vingt-trois heures cinquante ils quitteront la brasserie. Romain doit prendre son bus. Vincent n’habite pas loin, il rentrera à pied. “Je n’ai pas grand chose à t’offrir mais tu peux venir boire un dernier verre chez moi si tu veux”. Romain déclinera, prétextant qu’il doit se lever tôt le lendemain. Vincent n’insistera pas.

Quelques heures plus tard, Romain pense encore. Il a passé une bonne soirée. Ce garçon est gentil, poli, attentionné… Mais Romain ne peut pas. Il n’accepte pas. Est-ce de sa faute ? Pourquoi donc cacher un si beau visage sous de vulgaires cheveux synthétiques ?

La vitrine

24 septembre 2008

Moi : Regarde ce que j’ai retrouvé !
Mon Frère : Wouaw, mais tu sais que ça vaut une fortune !?
Moi : Ouais je me doute bien…
Mon Frère : Mais c’est con, on a perdu la plaquette des piles…

Les jours sont désormais plus courts que les nuits et la lumière vers dix-neuf heures est maintenant bleue mauve. Il y a ces mois où tout s’arrête, où les choses stagnent, ces mois que tout le monde déteste et que moi j’adore. Marcher dans les rues de Bruxelles à ces instants est unique. Je sais pertinemment que ma musique va trop fort, je sais qu’elle me détruit les oreilles, autant que les gaz de la ville m’empoisonnent, mais je m’en balance.

Je ne sais pas trop à quoi je pense à ce moment, entre deux feux rouges, devant quatre ou huit phares qui passent et s’entrecroisent. Ce sont des choses étranges, des projets qui n’aboutiront probablement jamais, des ambitions et le rêve de voir un jour Little Computer People vivre hors de ce blog. Mais dans mon esprit, les choses deviennent glauques, limite sales. Les personnages se transforment, peut-être parce qu’il devraient être plus proches de mon monde à moi, plus éloigné de cet Eden que j’ai bâti autours d’une société d’électricité. J’ai les premières phrases cyniques qui pourraient faire une bonne nouvelle, peut-être même un roman vendable. J’ai la vision, l’ébauche d’un scénario dont pourrait naître un bon court métrage. Je m’en persuade le temps d’une escapade, dans les rues de cette ville que beaucoup de gens détestent et que moi j’adore.

Ça durera quelques dizaines de minutes, le temps de quelques musiques, celles que j’écoute inlassablement, aux mêmes moments, avec les mêmes sentiments. Je croise des gens. je les regarde mais eux m’ignorent. C’est aussi ça vivre en ville. J’ai ces vagues qui viennes et s’en vont, de plus en plus rapidement. Je suis à la fois triste, heureux, fier et honteux. Je n’attends rien d’autre que l’explosion mais elle ne viendra pas ce soir, ni les soirs suivants. Je suis retenu par cette morale qui me fait tout contenir. Je digère, j’élimine, les sentiments, les ressentiments, les douleurs et les lames qui pourtant m’écorchent. Je passe en plein milieu du quartier gay sans rien en attendre. je m’arrête devant la vitrine d’une boutique vintage dont l’étalage est rempli d’objets qui me ramènent des années en arrières… Il est dix-neuf heures et nous sommes en dix-neuf cent quatre-vingt neuf. Ce jour-là était lui aussi plus court que la nuit qui le suivit et le ciel prenait des teintes bleues mauves. Je suis allongé sur mon lit et je joue à ces jeux électroniques monochromes qui s’appelaient “Game & Watch”. Le son qu’ils émettent est insupportable mais il m’amuse car il accélère en même temps que mon score augmente. J’ai ces mouvements des deux pouces qui me feront jouer pendant des années encore. Ces pouces je les bouge instinctivement à la vue de ces objet désormais rares, devant cette vitrine, presque vingt ans plus tard. Entre deux fripes, le vendeur me voit et me sourit. Je me dis que ma nostalgie doit le toucher. J’aurais envie de le féliciter pour son étalage, de lui dire que l’idée de mettre ces Game & Watch sous les vêtements est sensationnelle et que son coup est grandement réussi. Mais je m’arrête un instant sur son sourire, je l’analyse et je le comprends. Je ne suis pas dans ce monde que j’ai créé autours d’une société d’électricité. La nostalgie ici est un signe dépressif et personne ne voudrait le susciter, surtout pas. Ce n’est qu’un pédé qui me sourit et auquel je ne rendrai rien du tout, parce qu’il m’agace tout simplement.

J’ai ces moments où je crois encore, sous les coloris bleus mauves d’un soir d’automne. Je me persuade que j’ai des choses à vivre, malgré des envies étranges et mes idées noires. J’ai conscience de mes tendances à vouloir tout détruire, à oublier de dormir et à tout foutre en l’air. Souvent je me dis que les seules choses qui donnent aujourd’hui un sens à mon existence sont ces envies et la faible force que j’ai de ne pas les concrétiser.

Little Computer People

8 septembre 2008

- Moi : Bonjour !
- Lui : Where do you come from ?
- Moi : Uh… ???
- Lui : What are you looking for ?

Bonjour, moi c’est Fred !… Hello… Ciao !… I am from Belgium, why ?… Italy… Bruxelles… Liège… Antwerpen… Ixelles… Uccle… Is het Elsene in het nederlands ?… Vingt-huit ans… désolé tu es trop vieux… Come stai !… Tu fais quoi dans la vie ?… t’aime quoi ?… Quarante-deux ans, c’est trop vieux ?… Quoi comme boulot !?… What’s your job ?… Je mords pas, pas tout le monde… On devrait aller se boire un verre… C’est long à expliquer… Oui pourquoi pas, mais la semaine prochaine ça va être difficile… What do you like ?… Je fais plein de choses… J’ai tout mon temps… Sorry, not interrested… See you… Bye… Ciao… Je suis diplômé en histoire et toi ?… Ça consiste en quoi ?… Je fais de la musique… Je suis étudiant… je cherche du boulot… Maintenant je m’occupe de formation professionnelle… Dans quel domaine ?… Arts plastiques… Peintre… Musique… Cinéma… Oui j’écris de temps en temps… Je fais de la recherche dans le domaine… Finances… Banques… Je suis discret… Qui ?… On se serait pas croisé quelque part ?… Tu crois ?… Non… Oui… Je ne pense pas… Ho… Les frères de plume sont plutôt rares… Not so far… Peut-être… Tu fais quoi de beau ce soir ?… Elsene in het nederlands… Een beetje… Hey, you are funny… Not at all… Nothing, bye… J’aime pas trop MSN… IM ?… Skype ?… Et tu trouves… Tu es un rigolo toi !… Viens chez moi alors… Hein ?… Sorry for that bad joke, I ate a choco-clown tonight !… Attends je reviens dans cinq minutes… Kesk tu fé d’bo ?… Un peu trop oui, désolé… C’est étrange pourquoi il serait en chocolat le clown… Wait a sec, phone… No It’s the name of a candy bar… I like It… Je vais les voir en concert en décembre… Did you know Sigur Ròs ?… J’aime beaucoup… A romantic !… Non pas du tout… Je suis comme toi tu sais, j’aime pas trop les gens… Stats ?… Photos ?… Waar ?… C’est loin… Tu habites à la campagne ???… Ixelles… Mélancolie ?… No… Yes… Do you know what’s the name of the ultimate state of the depressive state ?… Compliqué à expliquer… No… It’s “mélancolie”… t’é dépresif ou koi ?… Actually, french romantics in the 19s century use the word in a softer way, but it was because they were all fans of Dr Freud… ^^… I get it… No prob… See you… Bises… @+… Bye… Ciao… Bye… Au revoir…

Comment t’appelles-tu ?… Je m’appelle Romain… Romain Frederickx…

“Ne pleure pas”

2 septembre 2008

- Ma Mère : Ça a été à l’école ?
- Moi : Ho mais oui ça a été !!!
- Ma Mère : …
- Moi : Ça a été… fous-moi la paix !!!

J’avais seize ans, c’était une journée de juin, l’une des dernières de l’année scolaire. J’allais chercher mes résultats, l’esprit rassuré par le fait que j’allais prendre congé pendant deux mois de cet endroit que je détestais tant. J’airais dans cette cour aux lignes blanches jaunies. J’entendais derrière moi des ricanements, sans doute des moqueries. Par chance, je ne me suis pas retourné, car, quelques secondes plus tard, je ressentais dans ma nuque une formidable douleur, un claquement violent qui me fit contracter les épaules et me troubla un instant la vue. Grégory et Christophe me suivaient depuis un moment. Ils venaient de me tirer une petite balle de caoutchouc dans la nuque. Je me suis retourné et je n’ai rien dit, je n’ai pas bronché. La semaine suivante, au moyen des mêmes balles de caoutchouc, ils abîmaient sérieusement l’oeil d’une fille que je ne connaissais pas. Ils furent renvoyés de l’école quelques jours plus tard.

J’avais quatorze ans et je rentrais à l’école après trois semaines d’immobilisation dues à une opération du genoux. C’était au mois de mars, il faisait froid et il pleuvait. Pour la première fois de ma vie je marchais avec des béquilles. En entrant dans un bâtiment, l’une d’elles glissa sur le sol mouillé, me forçant à m’appuyer sur ma jambe droite qui ne plia pas. Je finis sur mon dos et la chute me coupa un instant le souffle. Je senti l’odeur de la pluie sur le sol et les relents de pourriture du paillasson. Autours de moi, des dizaines d’élèves passaient. Certains me regardaient, d’autres feignaient de ne pas me voir. J’ai rassemblé mes deux béquilles et lentement je me suis relevé, avec la peur de glisser à nouveau. J’ai bien pensé sur le moment crier “bande de petits cons !”, mais je n’ai rien dit, j’ai pris sur moi et j’ai continué jusqu’à la salle de cours.

Il y a des douleurs non effacées et des blessures qu’on finit par oublier. Un jour elles nous reviennent et nous en rions, comme nous rions de reste du Monde. Elles nous font un mal de chien et nous consument encore. Il aurait fallu parler, s’extérioriser, en un mot s’affirmer. Le bon sens aurait voulu que… je haïs le bon sens…

La méchanceté, les coups et la bêtise des gens ne m’inspiraient, et ne m’inspirent toujours, que ces trois mots, et je ne cesse de les répéter : “Ne pleure pas”… pas maintenant…

Dans la tête des autres

27 août 2008

Moi : Je me demande si parfois quelqu’un pense à moi…
Lui : Très certainement non ?
Moi : Ce n’est pas si sûr…
Lui : !?… Mais enfin…

Hubert descendit à la buanderie pour récupérer sa boîte à outils. Sur la tablette de la machine à laver, il découvrit, vibrant au rythme du tambour qui tournait à vive allure, un trousseau de clés et, sous celui-ci, une lettre froissée que Matisse avait pris soin de glisser dans la poche de sa veste…

Matisse,

J’ai retrouvé ta trace dans ce foyer pour sans-abris et je n’ai aucune certitude quant au sort de cette lettre. J’espère que tu liras un jour ces quelques mots, tout simplement…

Voici des années que j’aire dans la vie comme on attend dans le hall d’une gare. Je sais que je ne suis pas à plaindre et j’ai honte de devoir aujourd’hui admettre ma défaite dans cette lutte quotidienne contre les jours et les heures. Je suis résolu à en finir. La maladie qui ronge mon esprit depuis des années s’attaque maintenant à mon corps. Je suis faible et gris, je disparais. Je ne supporte plus cette existence minable. J’ai aujourd’hui la certitude de ne plus vivre dans la tête des autres, même plus sous la forme de souvenirs. Je préfère en finir. Quand, comment, où… je ne sais pas, pas encore.

Notre amitié a toujours existé. Celle d’Hubert aussi. Elle est gravée sur un réverbère de l’avenue du Parc. T’en souviens-tu ? Comme tout, cette trace un jour disparaîtra et je la précéderai.

Je te souhaite d’avoir une belle vie.

Ton ami, René“.

Hubert plia soigneusement la lettre. Ce matin là il déjeuna normalement, sorti faire quelques courses puis, à midi vingt, il s’enferma dans les toilettes, sorti son téléphone portable et la lettre de sa poche. D’une main tremblante, il composa le numéro griffonné au bas de la feuille et qui, déjà, commençait à s’effacer…

Interlude II

8 août 2008

Elle : C’est quoi ce truc !?
Moi : C’est Sigur Ròs… des Islandais…
Elle : Hum…
Moi : Ho ça va, je change !

De tous les objets et produits de consommation, il y en a un que j’aime plus que tout acheter, ce sont les disques. Peut-être est-ce parce que je n’en achetais jamais avant. Je me suis intéressé tard à la musique. Sans doute ai-je encore pour elle une espèce de candeur qui me rend tout chose, presque adolescent, lorsque je rentre chez moi avec un nouvel album.

Le dernier en date me comble d’une manière indescriptible. J’ai découvert Sigur Ròs il y a maintenant deux ans. J’ai tout de suite accroché à leur son profond, compliqué et mélancolique. J’y ai aussi très rapidement trouvé quelque chose de merveilleux, une sombre féerie dans leurs mélodies qui ne me laissait pas indifférent. De leur dernier opus, j’en sors très agréablement surpris. Je n’aurais jamais pu imaginer que les notes de Sigur Ròs puissent autant me faire sourire, danser, pleurer, réfléchir…

Med Sud I Eyrum Vid Spilum Endalaust est un voyage émotif fait de sons et de chants désormais typiques de ce groupe islandais. C’est une gentille drogue qui, l’espace d’un instant, me fait oublier l’horrible canapé sur lequel je suis allongé et le vieux plancher sur lequel il est posé. C’est un album qui, comme le Monde, à l’échelle d’un jour ou à celle d’une vie, commencera par vous amuser. Il vous emportera ensuite dans les vagues d’une mélancolie presque jouissive, tellement humaine, et vous plongera à mi-course dans une réflexion quasi religieuse, soutenue par un morceau symphonique transcendant. Il vous laissera ensuite un bref répit avant de vous emmener calmement vers la sérénité, le sommeil, cette petite mort…